Qu’est-ce que l’approche sensorielle des huiles essentielles ? Pourquoi et comment la pratiquer ?

Qu’est-ce que l’approche sensorielle des huiles essentielles ? Pourquoi et comment la pratiquer ?

L’approche sensorielle est un plongeon dans le secret de l’odeur d’un végétal ! C’est une méthode d’observation qui remet l’humain au centre de l’exploration du phénomène scientifique. C’est aussi un outil moderne et performant de connaissance de l’aromathérapie.

L’approche sensorielle : Une méthode d’observation !

L’approche sensorielle est un moyen d’observer une huile essentielle à travers son odeur.

Elle est issue d’une profonde recherche philosophique pour repenser les procédés scientifiques d’observation qui s’origine dans les travaux de Spinoza (1632-1677) puis de Goethe (1749-1832) et trouve son chemin jusqu’à nous à travers les œuvres de Husserl (1859-1938), du mathématicien Alexandre Grothendieck (1928-2014) et des recherches de Christian Escriva (chercheur et producteur de plante médicinales) son inventeur.

Pour faire simple, l’observation analytique que nous connaissons, recherche une forme de vérité objective sur l’objet de l’observation par l’intermédiaire d’un appareillage qui est situé à l’extérieur.

Dans l’approche sensorielle l’observateur fait partie intégrante de l’observation, il devient pour ainsi dire l’instrument de l’exploration c’est une recherche liée à l’intériorité.
Nous ne cherchons plus l’exactitude, nous cherchons un contact intime avec un phénomène, une huile essentielle, une alcoolature…

La subjectivité est la base de cette démarche qui ressemble à une longue observation olfactive et méditative. C’est une olfaction consciente où la sensibilité personnelle est au centre du travail.

Ne nous trompons pas subjectivité ne veut pas dire amateurisme ou négligence. Ici nous sommes dans une démarche de recherche et de connaissance qui demande une forme de rigueur et discipline dans l’observation.

A quoi sert l’approche sensorielle ?

Au fond pourquoi se lancer dans une étude qui met le ressenti individuel et donc l’intériorité au centre de l’expérience plutôt que de continuer à mettre l’intellect en avant et pratiquer des analyses, apprendre par cœur des pages des manuels de Matière Médicale ou compulser à vie les nombreux ouvrages super documentés sur les huiles essentielles ?
La réponse est claire, pour éprouver le génie thérapeutique du végétal observé et s’en créer une représentation intime.

L’approche sensorielle est une observation directe. A travers l’« éprouvement » de l’odeur de la plante, je me forge ma propre opinion.
Elle me permet de comprendre le végétal contemplé. Comprendre au sens de « prendre avec », de faire mien une information qui reste gravée en moi à tout jamais. C’est un des aspects fascinant de la démarche, les perceptions sont fixées en soi, accessibles à tout moment !
Lorsque la sensibilité est entrainée, les affirmations de la tradition prennent vie, il est même possible d’observer des effets qui ne sont pas connus, pas décrits !

Comment pratiquer l’approche sensorielle ?

D’un point de vue purement pratique je mets donc quelques gouttes d’extrait (huile essentielle, alcoolature, extrait de gemmothérapie) sur une touche de parfumerie, je l’approche de mon nez puis je respire son odeur entre 40 et 50 minutes en me concentrant sur mes ressentis corporels, mes émotions et mes pensées.
Tous les extraits liquides de plantes médicinales sont observables de la sorte. Il suffit d’abandonner un temps les soucis du quotidien, d’être prête à recevoir et communiquer. Dans cet en-creux de moi-même, j’observe ce paysage illimité qu’est « le génie de la plante ».
Il est tout à fait captivant d’expérimenter combien un extrait peut porter d’informations.

L’entrainement assure le ressenti dans sa finesse. Notre capacité à l’abstraction en augmente la profondeur.

En général les observations se font en groupes. La confrontation intersubjective des images et sensations observées au sein du groupe, dessine un portrait homogène du végétal.
Comme le dit Mario Bunge (Physicien et philosophe des sciences) ici « l’intersubjectivité ne coïncide pas toujours avec l’objectivité, mais elle en est la condition ».
Les applications de cette technique sont nombreuses tant au niveau thérapeutique qu’au niveau de l’épineux sujet de la qualité des huiles essentielles et des extraits végétaux.

En conclusion l’approche sensorielle constitue un nouveau paradigme d’observation, c’est aussi un outil d’évolution professionnelle qui permet redonner du sens aux métiers de la santé en introduisant la Nature au cœur du soin.

Le Katrafay

Le Katrafay

Une approche sensorielle de l’huile essentielle de Cedrelopsis grevei Famille des Rutaceae

 

Le végétal

De la famille des Rutaceae dans laquelle on trouve aussi le genre Citrus du citron et autres agrumes, le Katrafay ou Cedrelopsis grevei endémique de Madagascar est la plante la plus importante de la pharmacopée malgache.
Cet arbre qui peut atteindre une quinzaine de mètres de hauteur pousse dans le Sud-Ouest de l’île. C’est une zone très sèche mais avec de fortes précipitations.

Traditionnellement on utilise l’écorce découpée en fines bandelettes roulées en boules puis séchées. Les boules séchées sont ensuite incorporées dans l’eau chaude du bain pour réaliser des décoctions où se plonge le patient.
L’écorce est récoltée sur des arbres sauvages par bandes d’une soixantaine de centimètres puis découpées en lanières et roulées.

Son bois très dur, connu sous le nom d’acajou blanc, est apprécié des ébénistes et des designer européens pour réaliser du mobilier d’extérieur, des huisseries… Localement, il sert à confectionner des habitations, des étais, des traverses de chemin de fer ou encore des pirogues…

Les fleurs du Cedrelopsis grevei comme celles de l’Ylang-Ylang s’épanouissent la nuit, les malgaches le nomme : « ……. ».

Mon approche sensible de l’huile essentielle de Katrafay,

Odeur fraîche liée à la couleur verte. Odeur de bois vert, écorce fraîche.

Des picotements dans la gorge, les oreilles et au niveau digestif font penser une activité de modération de zones inflammées.

Sensation de profonde recharge et d’ancrage puissant.

Tropisme pour l’appareil uro-génital.

Les pensées liées au présent ou au passé proche ne sont pas élevées, flottement, léger vertige, des sensations caractéristiques de la présence de l’élément eau très puissant dans ce végétal.

Un calme sérieux, profond, bienveillant mais autoritaire se met en place. Pas d’assoupissement.

Usages traditionnels,

Dans la tradition malgache s’utilise en décoction dans les bains pour les douleurs musculaires.

Communément utilisé chez la jeune accouchée pour l’aider à se remettre de l’effort de l’accouchement. Pour les hommes après les lourds travaux des champs.

Aussi utilisé pour son effet antiinflammatoire dans les maux de gorge, les douleurs abdominales incorporé dans des emplâtres à l’argile.

Usages en aromathérapie moderne,

Très appréciée pour son action anti-inflammatoire et cortico-mimétique, l’huile essentielle de Katrafay est administrée par voie externe en massages (diluée dans une huile végétale ou une macération solaire) ou en bain suivi d’un massage.

Chez les convalescents, les douleurs de spasmes musculaires, les brûlures, les poussées dentaires. On peut aussi l’envisager dans l’accompagnement des crises de cystite en soutien d’un traitement adapté pour son aspect de détente de la sphère uro-génitale. 

Pour la récupération musculaire du sportif après l’effort. Les rhumatismes. 

Au vu de sa douceur pour la peau et de sa forte action sur la douleur on peut envisager de l’additionner à la balnéothérapie et en massage pour l’accompagnement des patients dans les soins palliatifs. 

Composition chimique :

Sesquiterpènes (dont Ischwarane # 20%)          50%
Sesquiterpénols (a,b,g-eudesmol; épi-cubenol)     10%